Une obligation de trop

jeudi 20 octobre 2011


Nous sommes de nombreux paysans à ne pas vouloir s’inscrire et dépendre du système productiviste. Et de plus en plus nombreux sont ceux qui désirent devenir paysans, les sans terre en quelque sorte. En face, ils sont de moins en moins nombreux, mais ce sont eux qui représentent aujourd’hui la majeure partie de la production agricole ; c’est donc ceux qu’on entend.

Pour légitimer et sécuriser ce système agro-industriel, sont apparus au fil du temps, un tas de normes, « bonnes pratiques » et contrôles censés nous protéger de la fraude et des crises sanitaires. Normes et contrôles qui s’immiscent dans nos quotidiens paysans, dans nos habitudes, nos gestes mêmes. Par exemple, nous ne pouvons aujourd’hui abattre légalement d’animaux à la ferme. Nous sommes contraints de les pousser dans l’univers stressant, métallique et bétonné des abattoirs. Des règles imposées par la bureaucratie mais qui n’apportent rien à notre activité.

Par une relation directe avec notre clientèle et en ouvrant nos fermes aux consommateurs nous sommes à même de démontrer la qualité sanitaire de nos produits. Nous pouvons aussi nous organiser collectivement et localement afin de mettre en place des « auto-contrôles » de la production mêlant paysans et consommateurs.
Nous ne reconnaissons pas de vertu à ces règles qui devraient assurer la qualité des aliments mais qui sur nos fermes à taille humaine ne font que la dégrader. Parce que ce n’est pas depuis le bureau qu’on « prend soin » de nos animaux et de nos cultures !

CONDITIONNALITE  : C’est pour cette raison que nous sommes tenus de respecter les règles de l’administration. Cela veut dire que le non respect de ces règles peut entraîner la diminution voire la suppression des subventions. Aides qui, au passage, sont fondés sur la politique de marché mondialisé, qui tire en permanence les prix vers le bas et créent du coup une concurrence déloyale avec l’agriculture paysanne locale. Ce qui signifie que sans ces aides, il est difficile de vivre de sa production. Conditionnalité, ça veut aussi dire que la commercialisation de nos produits est directement liée au respect de certaines de ces règles aberrantes.

Pour pouvoir mener un animal à l’abattoir, il doit porter deux « jolies » boucles orangées mentionnant sont « numéro de travail » et le numéro d’élevage. Aujourd’hui, et depuis juillet 2010, nous sommes obligés de poser une boucle électronique RFID, puce contenant ces mêmes informations et EMETRICE DONC DETECTABLE A DISTANCE. Nos animaux ne sont pas des marchandises de supermarché qui passent devant le scanner de la caisse.

Et que se passera-t-il quand cette technologie envahira nos vies. Que se passera-t-il quand on pucera la population ? Un contrôle d’identité à cinq mètres, c’est pratique !! D’aucun diront que si on n’a rien à se reprocher, alors… Alors ? Qu’avaient à se reprocher les juifs, les gitans, les homosexuels et tous les « déviants » qui ont été fichés comme du bétail avant d’être envoyé où nous savons tous ? Nous conseillons à ce titre de regarder le film « Police totale » du collectif grenoblois Pièces et Main d’œuvre.

Que ceux qui croient trouver des avantages au puçage l’utilisent, mais qu’on ne viennent pas nous imposer encore une fois les gadgets de l’agriculture industrielle.

Pour ces raisons et pour d’autres encore, nous désobéissons et refusons de pucer nos brebis, nos chèvres, nos vaches, nos cochons. 


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